|
Julien a Bishkek
http://20six.fr/jubabishkek
Hébergé par 20six.fr
|
En photos
Pourquoi cela fait-il si longtemps que je n’ai pas écrit dans mon blog ?  Parce que je suis rentré à l’improviste à Genève. 

 ...et parce que j’en ai profité pour aller à Paris, Londres et en Alsace !

Parce que j’ai fêté mon retour à Bishkek avec une bonne raclette au fromage suisse (« raclée » ici par Christophe)... 
... et parce que mon contrat y a été prolongé de 2 mois ! 
Parce que je suis ensuite allé 2 semaines à Douchambé, au Tadjikistan. 
...parce que j’y ai décroché mon nouveau contrat, dans l’équipe de coordination de l’ONU ! 
Parce que je suis ensuite retourné à Bishkek, pour organiser la fin de mes activités et pour y faire mes adieux... 
Et parce que je suis arrivé dimanche passé à Douchambé, cette fois pour commencer mon contrat pour une période d’un an. Me voilà donc au Tadjikistan avec un nouveau contrat, de nouveaux défis et de nouvelles découvertes devant moi ! Mes premières impressions seront pour bientôt sur mon blog… qui reste jubabishkek, même si je n’y suis plus (a bishkek... vous m'avez suivi?) A bientôt !
|
|
|
Un printemps incertain à Bishkek
C novym godom (bonne année) ! Voilà déjà 2 mois que la nouvelle année a commencé et je vois que ma bonne résolution d’écrire plus régulièrement dans mon blog a de la peine à se concrétiser. Pas d’excuses, je vais devoir me rattraper dans les mois à venir…
Depuis ma dernière véritable note, au mois de septembre, à la fois beaucoup et peu de choses se sont passées. Peu de choses, parce que la vie d’expatrié est loin d’être aussi trépidante que certains l’imaginent. Comme je vous l’avais déjà dit, j’ai ma petite routine de travail, avec des journées plus difficiles que d’autres. Les jours passent à une vitesse éclair, mais se ressemblent beaucoup. L’automne a ramené des souvenirs de mon arrivée et une bonne occasion de faire un bilan. C’est certainement le fait de voir à nouveau les arbres sans feuilles et Bishkek reprendre l’aspect que je lui connaissais lors de mon arrivée qui m’a fait voir à quel point le Kirghizstan avait changé à mes yeux. Pour moi, ici, tout a changé. Ce qui était avant une véritable aventure est devenu une partie de ma vie quotidienne : prendre une marschurtka (minibus), négocier le prix du taxi, ou répéter à la serveuse 4 fois ce que je veux pour finalement recevoir un autre plat est maintenant familier. Je connais les allées du supermarché par cœur et la petite vieille qui vend des bananes au coin de la rue me sourit en me voyant arriver car elle sait que je suis un bon client. Je n’achète plus du dentifrice en pensant que c’est de la crème à raser et je ne paie plus trois fois le prix du kilo d’oranges (mais probablement que le double !). C’est bien entendu gratifiant de voir que les choses ont évolué et que je me suis naturellement adapté à ce qui avait été un environnement totalement étranger, mais il reste une pointe de nostalgie pour le moment de la découverte, de l’inconnu et de l’étonnement. C’est au travail que les découvertes ont continué. Dans l’ONU, chaque saison correspond à de nouvelles activités à entreprendre : préparation de telle « journée mondiale », lancement du rapport annuel, préparation de la fin de l’année. Beaucoup de stress également car on se rend compte qu’il reste encore beaucoup à faire, et plus beaucoup de temps, avant de terminer le plan qui avait été fixé au début de l’année. A vrai dire, la fin de l’année aura été une période assez stressante car très chargée, et ce d’autant plus pour le ‘novice’ de l’ONU que je suis. 
[L'amour comme un test: la nouvelle série télé financée par l'ONU qui raconte l'histoire d'un jeune homme découvrant son statut de séropositif - voilà ce qui a occupé la plus grande partie de mon temps de travail ces derniers mois] Le 23 décembre, Beta Stores ouvrait à nouveau ses portes. Beta Stores est le grand magasin issu d’une chaîne turque qui avait été complètement pillé et saccagé pendant la ‘révolution’. Sa réouverture était donc un symbole : la fin de la période ‘post-révolutionnaire’. Le président est élu, le gouvernement est en place et Beta Stores ouvre à nouveau : le trio gagnant ? Détrompez-vous ! La situation politique au Kirghizstan reste très instable et c’est de crise en crise que le gouvernement avance. La dernière en date tourne autour de la démission du président du Parlement qui a insulté le Président dans un discours, menant tout le pays au bord de la crise institutionnelle. La population est toujours insatisfaite, si ce n’est d’avantage que sous Akaev, et certains parlent d’une nouvelle ‘révolution’ au printemps… Cela dit, les affaires vont bien. Plus beau et plus grand qu’avant, Beta Stores a été une nouvelle fois ‘pillé’, mais cette fois par une horde de consommateurs avides de nouveaux produits. J’y suis allé faire un tour le lendemain de son inauguration et les queues pour les caisses arrivaient presque jusqu’à l’entrée ! Fuyant la foule et les soucis de la ville, je suis parti avec des amis à Karakol pour y passer deux semaines magnifiques pour Noël et Nouvel-An. 
[Nouvel An traditionnel le 31 décembre et Nouvel An orthodoxe le 6 janvier à minuit dans la belle église en bois de Karakol] Neige fantastique, grand soleil et beaucoup de ski : cela a été mon cadeau de Noël ! Ou plutôt de Nouvel An car c’est à ce moment-là que l’on s’offre ici des cadeaux. Evidemment, les installations de Karakol ne sont pas celles de nos alpes, mais de loin les meilleures de tout le Kirghizstan.
La ‘skibasa’ a quatre remonte-pentes fonctionnant parfaitement et un hôtel très confortable. A cela s’ajoute une vue magnifique et beaucoup moins de monde que partout ailleurs. Il a tout de même fait très froid, jusqu’à -27 un soir ! Impressionnant de voir ses mains fumer à cause de la simple chaleur corporelle, mais finalement pas si difficile à supporter avec une bonne veste. C’est ma voiture, une diesel, qui a eu un peu plus de peine à se réveiller certains matins…

[les pistes de la skibasa de Karakol] De retour à Bishkek, ces deux derniers mois sont passés à toute vitesse. Au travail : coordination, planification, discussions… les idées bouillonnent pour l’année 2006, comme les ‘deadlines’ d’ailleurs. Mais je suis aussi plus efficace car je connais mieux l’organisation et les partenaires. Mon grand succès personnel est de ne plus utiliser de traducteur pour mes réunions : mon niveau de russe me permet enfin d’avoir une conversation suivie. Bien entendu, les mots ne sortent pas toujours correctement (surtout les cas !) mais j’arrive à me faire comprendre. Quelques journées bien froides m’ont permis de découvrir la ville sous encore un autre visage. La neige et le gel ont forcé ma voiture à rester au garage vu le nombre d’accidents sur les routes ! Les week-ends, j’ai profité de quelques journées de ski dans les petites stations du coin. L’une d’elle, Toguz Bulak, a même un télésiège importé directement de… Leysin ! Comme quoi la Suisse n’est jamais très loin.
C’est un printemps hésitant qui est arrivé, avec des jours bien chauds mais il a encore neigé la semaine passé. Pour moi, c’est un printemps incertain. Mon contrat se termine dans un peu plus de deux semaines mais, m’étant pleinement investi dans mes activités, j’ai de la peine à concevoir la fin de ma mission. C’est aussi le cas de mes collègues et de mes supérieurs qui essayent d’obtenir une extension de mon contrat. Rien n’est encore décidé mais j’espère sincèrement pouvoir jouer les prolongations et finir la partie comme il se doit au Kirghizstan.
Quel que soit le résultat de mes efforts, je pense rentrer en Suisse dans le courant du mois d’avril, histoire de me ressourcer un peu car vous me manquez tous beaucoup ! A bientôt pour des nouvelles. Je vais tâcher de tenir mes bonnes résolutions et d’écrire plus régulièrement. P.S: Pour ceux d'entre-vous qui veulent recevoir des alertes e-mails lorsque je publie une nouvelle note, choisissez l'option "Souscrire" dans le menu à gauche et insérez votre adresse e-mail
|
|
|
... toujours vivant mais pas très loquace!
oui, oui, je sais que je n'ai plus donné de nouvelles depuis longtemps!! ...mais je suis toujours à Bichkek, l'aventure continue et tout va très bien! Je vous en dirai plus très bientôt, mais en attendant, je vous laisse une photo de l'endroit où j'ai passé la plus grande partie de la semaine passée:

Une grande bouffée de soleil à Dubai pour casser un peu l'hiver kirghiz qui commence en force!
A bientôt pour plus de détails...
|
|
|
6 mois déjà
[Pour cause technique, les photos de cette note ont été effacées] Mais qu’est-ce que c’est que ce blog à l’abandon ?! Après une longue pause estivale, me voilà de retour sur le Net pour vous raconter la suite de mon séjour au Kirghizstan. Et cette ‘reprise’ tombe à point nommé puisque cela fait exactement 6 mois aujourd’hui que je suis arrivé ! Eh oui, le temps passe vite et j’ai moi-même de la peine à concevoir que je suis déjà arrivé à la moitié de mon séjour. Peut-être que je ne vois pas le temps passer car les activités se succèdent et, bien heureusement, je ne m’ennuie pas une minute ici. Alors que la plupart des ‘Bichkekois’ s’étaient enfuis pour profiter du lac d’Issyk-Kul, mon mois d’août a été très chargé et je suis essentiellement resté en ville. J’ai essayé d’avancer mes activités au travail et j’ai du m’atteler à de nombreuses tâches administratives qui ont consommé beaucoup de mon temps et de mon énergie. Je gère environ une quarantaine d’activités, ce qui fait énormément de choses à préparer, à suivre et à organiser. Je continue d’apprendre beaucoup sur les procédures à appliquer, les meilleures manières de préparer chaque activité, comment s’y prendre avec nos partenaires ainsi que sur les relations interpersonnelles – bref, tout ce qui fait le milieu professionnel ce qu’il est. C’est parfois dur, parfois frustrant, mais aussi parfois satisfaisant de voir les choses progresser grâce à l’énergie investie. Et, en général, mon expérience est toujours aussi enrichissante. Un moment fort du mois d’août aura été de voir partir les réfugiés ouzbeks pour leur nouvelle destination, la Roumanie, en attendant qu’un pays les accepte comme réfugiés à long terme. C’est le fruit du travail magnifique du chef de mission du HCR, qui est aussi devenu un ami. J’ai eu la chance de pouvoir être présent lors de leur départ. Nous sommes restés sur le tarmac de l’aéroport de Bichkek jusqu’à l’aube et nous avons vu l’avion décoller avec soulagement et satisfaction. Il faut dire que le suspens est resté à son comble jusqu’à la dernière minute, alors qu’une véritable lutte diplomatique avait lieu au plus haut niveau pour déterminer le statut d’un certain nombre de réfugiés qui avaient été placés en détention préventive et que l’Ouzbékistan souhaitait récupérer. L’autre grand moment du mois d’août aura été les retrouvailles avec ma maman qui m’a fait le plaisir d’une visite de 2 semaines ! J’ai pris mes vacances et nous avons voyagé à travers le pays pendant 12 jours. C’était une belle manière de découvrir le pays d’un autre œil, avec un regard moins professionnel et surtout avec plus de temps que lors de mes voyages sur le terrain. L’association « Community Based Tourism » nous a aidé à formuler un grand itinéraire avec haltes prévues aux endroits les plus beaux du pays et en dormant chez l’habitant ! A Karakol, nous sommes montés à Altyn Arashan et après 3 heures sur une ‘route’ chaotique, nous avons pu profiter du panorama, faire une belle marche et nous relaxer dans les sources chaudes d’eau thermale ! A Song-Kul, nous avons dormi dans la yourte d’Anara qui nous a préparé de bons plats typiques et en particulier un pain traditionnel tout juste sorti du four. Nous avons aussi fait un tour à cheval qui nous a mené sur les collines alentours d’où il y a une vue magnifique de ce lac de montage situé à plus de 3000m. Nous sommes repartis sur la route de montagne de Susamyr qui nous a conduit sur la grande route entre Osh et Bichkek. Avant la nuit, nous avons rejoint Kara-Köl (à ne pas confondre avec Karakol, plus haut !) où nous avons dormi dans un hôtel au confort soviétique. Puis nous sommes descendus plus au Sud, jusqu’à Osh, en passant par Djalalabad et Özgen (photo). Changement d’ambiance, changement de climat, changement de paysage, nous voilà dans la vallée de la Fergana. Après une journée en ville, à Osh, nous sommes repartis dans les montagnes, à Sary-Chelek. Après plusieurs heures de route et après avoir demandé notre chemin à plusieurs reprises, nous sommes arrivé à Kyzyl-Köl, petit village au fin fond de la vallée de Kara-Suu que nous avons remonté à pied le lendemain jusqu'au lac de Kara-Suu. Deux magnifiques jours de trek à Sary-Chelek pour terminer le voyage en beauté avant notre retour à Bichkek ! Et tout cela à bord de ma jeep que je me suis offerte il y a un peu plus d’un mois ! Même si les transports publics existent au Kirghizstan, être motorisé donne énormément de liberté et de confort et une jeep n’est pas un luxe dans ce pays montagneux où les routes sont souvent en mauvais état. Au retour de voyage, il a fallu 3 heures pour nettoyer la voiture qui était littéralement blanche de poussière… Le retour à Bichkek signifie aussi retour à ma petite routine. Plusieurs de mes collègues et amis terminent maintenant leurs contrats et beaucoup s’en vont sous d’autres horizons. C’est difficile de les voir partir car on s’attache vite lorsqu’on est loin de chez soi, mais cela aussi fait partie de la vie d’expatrié que je découvre petit à petit et que j’aime partager avec vous à travers ce blog. J’espère donc vous donner des nouvelles bientôt. Et d’ici là, comme d’habitude, je me réjouis de lire vos messages ! P.S: Pour ceux d'entre vous qui n'ont pas eu assez de lecture et qui veulent en savoir plus sur l'un de nos projets, cliquez ici pour lire un article publié par IRIN news (et où je suis cité!).
|
|
|
Routine, feijoada et élections
[Pour cause technique, les photos de cette note ont été effacées] Voilà presque un mois que je ne vous donne pas de nouvelles, mais tout va bien ! Pas de voyage exotique ni de grande aventure depuis ma dernière note, juste la routine estivale qui s’est installée à Bichkek. En fait, je pense être maintenant tout à fait entré dans cette routine que je recherchais tellement lors de mes premières semaines. Travail, sorties et petites habitudes se succèdent et donnent à mes journées un petit cadre réconfortant. J’aime parfois prendre conscience de mes changements de perception : ce qui me semblait auparavant intéressant, différent voire même bizarre, je ne le remarque même plus, sauf quand je m’arrête vraiment pour y penser. J’ai vraiment pris confiance en moi et je comprends ne serait-ce qu’un petit peu mieux ce pays et ses habitants. Cela diminue aussi beaucoup mes craintes, je me sens plus à l’aise de parler à des inconnus et ce qui me paraissait avant une tâche insurmontable – faire mes achats au marché, par exemple – est maintenant une bagatelle que je fais avec plaisir. Au travail aussi, j’ai pris mes marques. Mes journées sont longues et parfois stressantes, mais je prends du plaisir à ce que je fais. Bien sûr, je ressens aussi beaucoup de frustrations, parfois dues aux différences culturelles, aux malentendus avec mes collègues, à mon envie d’en faire plus que le possible ou de vouloir aller trop vite. Toutes ces frustrations me permettent d’apprendre beaucoup. Le monde professionnel, c’est vraiment une autre planète, encore plus dans les organisations internationales et encore davantage sur le terrain ! Parfois, je pense que si j’avais été au Brésil ou dans un autre pays lusophone, francophone ou anglophone, je pourrais en faire tellement plus ! Mais, mes découvertes ici sont tellement enrichissantes et j’essaie d’en profiter au maximum. Mon plus grand regret est d’être trop statique. J’aimerais pouvoir sortir plus du bureau et partir dans la campagne, visiter directement l’impact de nos projets. Même si j’ai un budget pour ça, je dois d’abord lancer plusieurs activités, planifier les 6 mois à venir où j’ai plus de 35 activités à mettre en route ! Après je pourrai de nouveau penser à voyager, à aller visiter nos partenaires et à vous ramener des photos de la campagne kirghize ! Le grand événement des dernières semaines était, bien entendu, les élections présidentielles ! Comme vous l’avez sûrement vu, tout s’est très bien passé et nous avons maintenant un président élu, (presque) un gouvernement et beaucoup d’espoir dans le pays. C’était une élection sans surprise mais c’est finalement ce que les Kirghizes voulaient. C’est en fait un peuple très calme qui n’aime pas les grands bouleversements et la « révolution » de mars faisait peur par l’instabilité qu’elle créait. Espérons maintenant que la politique se calme, au Kirghizstan comme dans la région car la situation reste explosive, surtout sur la frontière ouzbèke. A ce sujet, j’en profite pour faire un peu de pub pour l’ONU, qui a trop souvent mauvaise presse. Durant toutes ces ‘crises’, j'ai été particulièrement frappé de voir à quel point la présence internationale, symbolisée essentiellement par l’ONU, a un effet stabilisateur. Bien entendu, l’ONU ne résout pas tous les problèmes mais les choses auraient pu être bien pires sans sa présence. En particulier pour les élections, c’est l’ONU qui a financé, organisé et assuré une campagne calme et équitable. Mes collègues du programme des élections ont travaillé d’arrache pied pendant presque 1 mois et demi pour assurer un résultat honnête et de bonnes conditions de vote. C’est aussi l’ONU (et plus particulièrement le HCR) qui, dans la crise des réfugiés ouzbeks, a ‘sauvé’ à plusieurs reprises ceux-ci de la déportation. Le droit international n’a que peu de moyen de pression, mais ceux-ci existent et sont (étonnamment, peut-être ?) respectés par les gouvernements. En résumé, la vue ‘de l’intérieur’ dont je profite maintenant me montre les limites de l’organisation, mais surpasse aussi parfois mes attentes. Pour fêter les élections (mais aussi le départ de deux amies mexicaines), nous avons organisé une… feijoada ! Feijoada centrasiatique, certes, car tous les ingrédients ne se trouvent pas sur les marchés de Bichkek, mais feijoada tout de même et assez bien réussie, je dois dire ! Hmmm… Un petit goût de Brésil pour tuer la « saudade » qui me prend parfois. C’était bon. Et celle-ci se mariait bien avec la chaleur du moment. 45 degrés en moyenne toute la semaine passée... Par conséquent, pendant le week-end, c’est primordial d’échapper la chaleur de la ville en partant dans les montagnes. Les Kirghizes, eux, préfèrent aller à Issyk-Kul, un grand lac à 3 heures de la ville qui ressemble un peu à la mer. J’y étais d’ailleurs il y a 2 semaines avec tous mes collègues pour préparer les activités des 6 mois à venir. Une drôle d’expérience que de passer 3 jours dans un sanatorium à la soviétique où il faut demander une autorisation puis s’inscrire pour pouvoir utiliser la piscine (en estimant le temps que vous y passerez, question d’organisation !) et où un massage revient à se faire violemment frapper par une Russe aux gros bras… un vrai plaisir ! Voilà pour mes nouvelles. L’été s’annonce chargé, avec beaucoup de travail, mais j’espère trouver aussi un peu de temps pour moi. Mes vacances sont prévues fin août mais peut-être prendrai-je quelques jours auparavant pour une petite excursion et j’espère alors pouvoir vous donner plus d’images de nature, de montagnes et de yourtes ! D’ailleurs, si vous n’avez pas encore choisi votre destination de vacances, pourquoi pas le Kirghizstan ? J’attends toujours de vos nouvelles par mail ou par commentaire : c’est toujours un grand plaisir ! A bientôt !
|
|
|
La magie du Sud
[Pour cause technique, les photos de cette note ont été effacées] Mon voyage au Sud du Kirghizstan m'a laissé de très fortes impressions. Le Sud du pays recèle quelque chose de différent: une autre atmosphère, une autre ambiance, flotte dans l'air. Il suffit de traverser la barrière de montagnes qui sépare le Sud du Nord pour ressentir cette atmosphère tout à fait méridionale. Il semble que, dans tous les pays, le fait de se rapprocher de l'équateur recèle quelque chose de spécial. Alors que le nord du Kirghizstan porte encore de grandes marques de l'époque communiste, celle-ci est presque invisible au sud. Là, on se sent plutôt transporté à l'époque de la route de la Soie. Notre premier arrêt était la ville d'Osh qui a célébré, il y a quelques années, ses 3000 ans! Voilà un exemple de la profondeur historique de la région. Il suffit d'y visiter le grand bazar pour être transporté dans un autre monde. On y trouve toutes sortes de produits, mais ce n'est pas un bazar turc ou moyen-oriental, c'est véritablement un bazar centrasiatique avec des produits de Chine, du Pakistan, d'Afghanistan, d'Iran... J'ai fait le plein d'amandes, de pistaches (locales, s'il-vous-plaît), d'abricots secs, mais surtout de fruits bien sucrés! J'y ai goûté les cerises les plus juteuses de ma vie!! L'autre grande différence du Sud, c'est sa population. Bien qu'elle soit tout aussi multi-ethnique qu'à Bichkek, sa composition est assez différente. Alors qu'à Bichkek ce sont les Russes et les Kirghizes qui priment, on ne voit que très peu de Russes au Sud mais par contre beaucoup d'Ouzbèks. J'ai eu droit au délicieux plov ouzbèk que j'ai mangé, comme le veut la tradition, avec les mains! L'hospitalité des gens du Sud est une caractéristique bien connue. Les gens sont très ouverts, souriants, acceuillants et sympathiques. Je me souviendrai, en particulier, de Sarakan Jumalieva, la directrice du centre de planning familial de la ville d'Osh. Nous l'avons rencontrée pour des raisons professionnelles mais elle nous a ensuite invité à manger avec elle. C'était non seulement intéressant, mais aussi un vrai plaisir de discuter ensemble. Elle était très étonnée de me savoir encore célibataire et m'a promis un choix de 3 prétendantes lors de ma prochaine visite à Osh!! Ce qui me fascine chez les gens comme Sarakan Jumalieva, c'est à la fois leur attachement aux traditions et leur mentalité moderne. Sarakan Jumalieva est allée au Caire en 1994 pour assister à la Conférence internationale sur la population. Elle y a beaucoup appris, mais elle a ensuite cherché à appliquer les résolutions qui y ont été prises à la réalité du Kirghizstan. Tout n'est pas possible, elle le sait, mais tout est très flexible et les traditions peuvent, avec un peu de créativité, s'adapter très vite aux problèmes actuels. Elle essaie, par exemple, d'engager autant que possible les leaders religieux pour soutenir son action. Ils cherchent ensemble des solutions de planning familial, d'égalité des genres, etc, qui sont en accord avec leurs croyances religieuses. C'est souvent difficile, et cela demande de longues discussions, mais ce n'est pas impossible. L'autre visite marquante était au camp de réfugiés ouzbèks. Lors de ce voyage, j'accompagnais une représentante de l'unité d'urgence des quartiers généraux de UNFPA. Sa mission: améliorer la préparation régionale à toute sorte de désastres naturels et/ou humains, comme, par exemple, un afflux massif de réfugiés. Pour l'instant, il n'y a environ "que" 500 réfugiés mais la situation est tellement instable en Ouzbékistan qu'il vaut mieux être prêt pour toute éventualité. La visite du camp était extêmement intéressante mais aussi difficile. Les réfugiés sont bouleversés par ce qu'ils ont vécu à Andijan. Certains d'entre-eux ont vu des membres de leur famille tués devant leurs yeux, d'autres ont du fuir sans pouvoir informer les leurs, comme une mère qui a du laisser ses deux enfants en bas âge et qui n'a pas pu encore leur donner de nouvelles. De retour à Bichkek, la situation est à nouveau très instable. Les élections s'approchant, il semble que l'agitation augmente. Vendredi passé, le 17 juin, le bâtiment du gouvernement a de nouveau été envahi par des supporters d'un homme d'affaires dont la candidature n'a pas été retenue pour les élections présidentielles étant donné sa double nationalité kirghiz-kazakh. Nous nous étions habitués aux manifestations et aux envahissements de bâtiments publics depuis la révolution (il semble que tout et n'importe quoi est devenu un prétexte de protestation par ici) mais c'est la première fois depuis la "révolution" que le bâtiment principal a de nouveau été envahi. Beaucoup de magasins, d'ambassades et d'organisations internationales (comme nous) sont entrés en mode "panique". Nous recevions des messages d'avertissement toutes les 10 minutes. Maintenant, en ville tout est apparament calme mais l'ambiance est encore très tendue. La police patrouille et les voyages dans le pays sont strictement contrôlés par notre officier de sécurité. Voilà pour les dernières nouvelles. J'aimerais écrire plus souvent mais je me laisse souvent prendre par les activités au jour le jour et le temps passe si vite! Vous rendez-vous compte que je suis déjà au Kirghizstan depuis plus de 3 mois? Moi pas: j'ai l'impression d'être ici depuis la semaine passée. Cela dit, j'aimerais essayer d'écrire plus souvent mais des notes moins longues. Est-ce mieux? Faites-moi part de vos préférences et si vous avez des questions particulières, n'hésitez pas! C'est ça tout l'avantage de l'interactivité du blog! A bientôt...
|
|
|
La machine à remonter le temps
Mon voyage avec les journalistes dans les villages d’un des projets de UNFPA m’a laissé deux sentiments. D’abord, j’ai eu l’impression de remonter dans le temps. Ensuite, j’ai assisté à la rencontre de deux mondes qui se côtoient mais qui semblent si éloignés l’un de l’autre.
Notre machine à remonter le temps était notre Lada Niva blanche, conduite par Aleksyey, le chauffeur du projet. Nous sommes partis de Bichkek vers midi pour nous retrouver six heures plus tard à Karakol. Le trajet était magnifique le long du lac Issyk-Kul (le deuxième plus grand lac en altitude, après le Titicaca) bordé de montagnes qui vont jusqu’à 7000m. Tout cela sous un grand soleil. J’avais emmené un livre et mon vocabulaire de russe mais je n’ai finalement ouvert ni l’un ni l’autre pour pouvoir profiter du paysage.
A mesure que nous avançons vers Karakol, les villes deviennent des villages, les voitures laissent la place aux chevaux et aux charrettes, les maisons rétrécissent et la route a de plus en plus de trous. Karakol est un « grand village » ou une « petite ville provinciale ». Les rues sont larges, on y trouve de grands bâtiments officiels à la soviétique mais le trafic est très calme et tout est bien moins cher qu’à Bichkek (qui n’est déjà pas très cher !).

[La mosquée dungan et l'église orthodoxe de Karakol]
Mais le contraste le plus fort est, bien entendu, dans les villages perdus au milieu de la campagne. Nous en avons visité trois et tous m’ont donné l’impression de me retrouver au début du 19e siècle en Europe. Les routes sont en terres, les maisons sont très simples et les villageois vivent de l’agriculture de subsistance. On voit d’ailleurs beaucoup de gens au travail dans les champs (hommes, femmes, enfants) mais très peu de machines agricoles. Tout est fait à la main, avec l’aide des chevaux : labour, semence, récolte, etc. Un vrai paysage bucolique !
Mais, laissons la poésie de côté, on observe tout de même l’héritage de la période soviétique : même les petits villages ont une école (assez grande d’ailleurs) et plusieurs organisations villageoises (groupes de femmes, de jeunes, centre culturel, etc). La plupart des villages ont aussi un petit hôpital ou du moins un point de santé, souvent soutenu et remis à neuf par UNFPA.
Les gens nous ont accueilli très chaleureusement avec du thé, du ‘plov’ et d’autres spécialités locales. La communication était parfois difficile, même si nous avions avec nous un interprète, car dans les villages peu de personnes parlent le russe. Du coup, j’ai appris quelques expressions de kirghiz et ma prononciation a bien fait rire les enfants (qui eux, par contre, savent tous très bien dire « Hello ! »).
Les journalistes sont arrivés le deuxième jour. J’avais invité 7 journalistes, presse et TV (pas de radio cette fois-ci), pour venir visiter les centres de santé et voir les cours d’éducation sexuelle et de planning familial que UNFPA aide à organiser dans les villages. Imaginez l’arrivée de tout ces citadins, avec micros, caméras et une foule de questions, dans ces petits villages habitués à leur routine tranquille !
C’est là que j’ai eu l’impression de voir deux mondes qui se rencontrent. Que représente notre univers hyper-technologique et hyper-connecté aux yeux de ces villageois ? Il semble tellement loin de leur réalité quotidienne… Les villages que nous avons visités n’avaient même pas la TV, hormis celle à disposition dans les centres d’information pour visionner des films éducatifs. J’ai vraiment ressenti un fort décalage. Dans les cours d’éducation sexuelle, par exemple, on leur parle de préservatifs, mais ceux-ci sont-ils vraiment accessibles ? Sur un autre sujet, tous savaient qu’une révolution avait eu lieu, mais en vérité la plupart ne s'y intéressent pas car ils estiment que cela ne changera rien ou peu à la vie du village. C’est comme si ce qui se passait dans un monde n’avait pratiquement aucun impact sur l’autre. Je vous laisse imaginer leur désintérêt pour les élections présidentielles de juillet…
Les premiers articles et reportages des journalistes soulignent, je trouve, assez bien ce décalage. Eux aussi étaient choqués de découvrir à quel point le système de santé (mais aussi le reste) est en retard par rapport à Bichkek et encore plus par rapport aux possibilités d’aujourd’hui. Mon but en les invitant était non seulement de faire de la publicité au projet, mais aussi de montrer à un plus large public les grands problèmes qui existent dans le pays.
[Visite du "Centre de Santé" (je n'ose pas dire hôpital) de Tasma]
A un autre niveau, ce voyage de journalistes était un bon exercice personnel. J’ai pu apprendre beaucoup de choses pour l’organisation du prochain voyage de presse. Ce n’est pas facile de gérer des journalistes qui courent dans tous les sens à la recherche d’un reportage intéressant… Mais il y a certains ‘trucs’ qui facilitent la tâche et je compte bien en utiliser la prochaine fois.
Avant tout, je suis renforcé dans mon idée que je dois mieux connaître les réalités sur les projets avant d’y amener quiconque d’extérieur. Je pars d’ailleurs dans le sud (à Jalalabad et Osh) dimanche prochain pour rencontrer nos partenaires sur place. J’en profiterai aussi pour faire un détour par le camp de réfugiés uzbeks sur la frontière (suite aux événements d’Andijan dont vous avez certainement entendu parler). Le quartier général de UNFPA a envoyé une mission de l’unité d’urgence (emergency unit) pour déterminer si la situation sanitaire au Kirghizstan est vulnérable, face à tous les événements qui secouent la région en ce moment. Je pense que ça sera un voyage intéressant, que je me réjouis de vous raconter ! D’ici là, commentaires et mails bienvenus… A bientôt !
|
|
|
[page précédente]
|